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Le FttH fin 2019 : bilan et prospective

Le FttH progresse à grands pas.

Selon les tous derniers chiffres publiés par l'Arcep, ceux du troisième trimestre 2019, la production trimestrielle de lignes FttH n'a jamais jusqu'ici été aussi importante. Il semblerait donc qu’en matière de déploiement de la fibre, la France soit définitivement entrée en phase industrielle. Derrière ces bons chiffres, quelques points d'attention méritent toutefois d'être évoqués. C'est l'objet du présent article.

La production de lignes

Alors qu'elle avait déjà atteint des chiffres importants, la production de lignes FttH continue d'accélérer, comme le montre la courbe du graphe ci-contre.

Cette dynamique cache de fortes disparités entre les trois principales zones de déploiement. En particulier, la production en zone d'initiative publique reste encore moitié moindre qu'en zone d'initiative privée (AMII).

Bilan par zones : Zone Très Dense, Zone AMII, hors ZTD et ZAMII

Si l'on s'intéresse au niveau d’avancement des déploiements en fonction de la zone dans laquelle ils sont réalisés, les situations sont encore plus contrastées.

L'Arcep publiant des chiffres qui distinguent les trois zones principales d'initiative privée et publique, il est possible d'observer pour chacune l'évolution du nombre de locaux raccordables et de tenter d'extrapoler leurs situations respectives à l'horizon de quelques années. C'est ce que figurent les courbes dans le graphe d'illustration.

Les extrapolations ont été construites avec la méthode de la courbe en S, utilisée pour le suivi d'avancement en gestion de projet. Elle est particulièrement adaptée au chantier national du FttH et permet d'estimer à quel horizon chaque zone de déploiement pourrait être entièrement couverte.

Avec cinq années d'antériorité, on observe trois situation très différentes :

En zone très dense,

la progression est lente et asymptotique.

Au rythme actuel, il faudra encore quatre ou cinq ans pour achever la couverture des 106 communes concernées.

Il semble que celles-ci ne soient pas la priorité des opérateurs qui y conservent une clientèle DSL, VDSL2 pour les mieux lotis, dont la transition vers une offre fibre attendra donc plusieurs années encore.

De surcroît, alors qu'en 2009, lors de la première décision prise par l'Arcep relativement aux règles de déploiement du FttH, l'idée du régulateur était de voir les opérateurs se faire concurrence par les infrastructures dans ces territoires très attractifs par leur densité de logements, force est de constater que le principal opérateur d'infrastructure aujourd'hui à déployer du FttH dans cette zone reste Orange.

Ses concurrents se limitent, pour la plupart, à connecter progressivement les PM qu'il installe. Il est donc maître de son calendrier, puisque aucune obligation de complétude ne s'impose à lui dans ces zones. En effet, les engagements qu'il a pris en 2018 devant le gouvernement en référence à l'article L33.13 du CPCE ne pouvaient pas inclure les communes en ZTD.

En zone AMII,

il y a le plus fort dynamisme. Orange et SFR sont en compétition et ils doivent répondre aux obligations de complétude, au plus tard cinq ans après le début du déploiement. Au rythme actuel, l'achèvement de la couverture pourrait intervenir en même temps que celle des zones très denses.

Hors ZTD et ZAMII,

qui compte le plus grand nombre de locaux à raccorder, le déploiement n'a véritablement commencé qu'en 2018 avec 200 000 locaux raccordables par trimestre. Le chemin restant à parcourir est long, d'abord pour achever tous les chantiers nés de l'appel à projets France Très haut débit, puis pour couvrir les quelque trois millions de locaux qu'il restera à raccorder, et pour lesquels l'Etat vient de mettre en consultation publique le cahier des charges d'un nouvel appel à projets.

Réseau cuivre : le début de la fin ?

Le document d'analyse des marchés en vue du prochain cycle 2021-2023 mis en consultation publique par l'Arcep l'été dernier évoquait plusieurs aspects du basculement des abonnés du cuivre vers la fibre. Si on extrapole à l'horizon de la fin du prochain cycle, on constate que le nombre d'abonnés au FttH pourrait dépasser celui des abonnés au xDSL dès le milieu de l'année 2021. (voir graphe ci-contre)

Au-delà de cette importante étape du marché du haut et du très haut débit, la question commence à être débattue de l'arrêt de l'entretien/exploitation du réseau cuivre qui va s'imposer progressivement pour des raisons économiques.

Dans une communication récente, le Président Directeur Général d'Orange a annoncé son objectif d'en avoir fini avec le réseau cuivre en 2030. L'horizon fixé par Orange semble tenable quand on extrapole les courbes des abonnés au cuivre et à la fibre du même graphe. Si la progression constante sur plus de 10 ans de l'ensemble des abonnements HD et THD se poursuit, leur nombre pourrait atteindre 33 millions en 2030 (graphe ci-contre), nombre pris par hypothèse dans le graphe suivant.

Avec cette hypothèse, voici ce que pourrait être l'évolution jusqu'en 2030 de la migration des abonnés du cuivre vers la fibre en tenant compte de l'augmentation globale du nombre d'abonnés.

Dynamique commerciale

Le terme "dégroupé" décrit ici la situation d’un "abonné via une offre de mutualisation passive" pour reprendre la terminologie de l'Arcep, c'est-à-dire raccordé par un autre opérateur que celui qui a déployé la fibre.

Alors que le taux de pénétration du FttH n'a en valeur absolue aucun sens véritable, en ce qu'il résulte de la commercialisation de plaques FttH ouvertes, certaines depuis trois mois, d'autres depuis trois ans, la part relative d'abonnés "dégroupés" représente elle un indicateur pertinent. Le graphe ci-contre montre qu'après deux années de progression irrégulière, cette part a d'abord stagné, puis commence pour la première fois dans les chiffres du troisième trimestre 2019, à diminuer. Cela montre qu'il existe aujourd'hui une « prime » à l'opérateur d'infrastructure dont l’impact augmente.

Il ne suffit donc pas que plus de 90% des lignes soient accessibles par deux FAI nationaux pour que la dynamique concurrentielle qui a animé le marché du xDSL se reproduise à l'identique sur le FttH.

Pour améliorer la concurrence sur le nouveau réseau, au moins deux conditions seraient à remplir :

  • que l'OI (pour Opérateur d’Infrastructure) ne bénéficie pas de fait d'un avantage concurrentiel notamment en raison de ses campagnes d'information préalables à la commercialisation des lignes ;
  • que les OCEN (pour Opérateur Commercial d'Envergure Nationale) qui sont ses concurrents fassent l'effort de connecter les plaques FttH à leur propre réseau, sous peine de voir leurs clients xDSL les quitter pour bénéficier de la fibre optique, au moins pour un temps.
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