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Combien de sites mobiles seront déployés sur le territoire métropolitain à l’horizon 2022/2023 ?

L’ANFR publie régulièrement en Open Data des données relatives au déploiement des sites mobiles. Ces données sont basées sur les autorisations d’émission de fréquences au cas par cas délivrées par cette agence. L’usage de fréquences d’une puissance d’émission supérieure à 5W est soumis à autorisation et les opérateurs déclarent à l’ANFR des dates de mise en service.

Le Cerema s’est intéressé à ces données dans leur livraison de janvier 2019 correspondant à la situation en date du 31/12/2018.

Support mobile

L’analyse du Cerema

Elle consiste à agréger les différentes autorisations pour ne dénombrer que les sites mobiles. En effet, un même support (site dédié ou bâti existant-toit terrasse, château d’eau) peut faire l’objet de plusieurs autorisations suivant les fréquences et technologies utilisées et donc de dates de début d’émission différentes. De manière à comparer équitablement les chiffres entre opérateurs, le choix a d’ailleurs été fait de ne retenir que les autorisations pour lesquelles les opérateurs ont déclaré une date de mise en service. Dans certains cas, l’usage de bande de fréquence peut être autorisé sans que l’opérateur n’ait déclaré de date de mise en service ; c’est notamment le cas de projets de nouveaux sites mobiles ou de déploiements en phase de tests avant l’ouverture du service. Ces cas, écartés de cette analyse, concernent 2 764 supports pour l’ensemble des opérateurs.

Par ailleurs, il y a lieu de rappeler que, dans le cas de petites cellules urbaines ou de couverture spécifique indoor de bâtiment (exemple : local commercial d’un opérateur, ou encore une entreprise disposant d’un marché flotte mobile), la puissance d’émission est inférieure à 5W ; ces sites ne sont donc pas soumis à autorisation et sont exclus de la présence analyse. Ils peuvent figurer dans les fichiers de sites mobiles opendata de l’Arcep sans toutefois que ne figurent des indications sur les fréquences utilisées, ni sur le type de site (site dédié à une couverture indoor, site de petite puissance). Ces limites ont conduit à ce stade le Cerema à ne pas lier à la présente analyse l’examen des fichiers de l’Arcep.

Ainsi, le Cerema a réalisé un décompte des supports figurant dans le fichier ANFR où au moins une fréquence est utilisée par un opérateur, toutes technologies confondues, puis par technologie (2G/3G/4G) au pas de temps trimestriel, depuis janvier 2012, date d’entrée sur le marché du quatrième opérateur.

Plusieurs constats peuvent être formulés :

  • le nombre de supports déclaré en service est en croissance quel que soit l’opérateur et la technologie, même en 2G.
  • toutes technologies confondues, le nombre de sites soumis à autorisation déclarés en service croit pour tous les opérateurs, Orange ayant la croissance la plus faible. Au demeurant, entre janvier 2012 et janvier 2019 le parc de sites autorisés en service de Orange a cru de 4 600 sites, soit peu ou prou le même volume que le dispositif de couverture ciblée du NewDeal alors que le parc des autres opérateurs s’est accru de 7 000 à 8 000 sites pour SFR et BouyguesTelecom et de 13 000 pour FreeMobile qui déploie son réseau.
  • si en 2G il faut un peu plus de 20 000 sites pour couvrir la quasi-totalité de la population française (20000 sites + 500 communes zone blanches restant à couvrir), 23 000 sites en 3G sont insuffisants pour atteindre la même ambition ; cela s’explique par le fait qu’en 2G les fréquences sont un peu plus basses et qu’historiquement les sites 3G émettaient avec des fréquences relativement hautes (2100MHz) suivant les autorisations obtenues en 2001 revues en 2004, la réutilisation de la bande 900Mhz utilisé pour la 2G n’ayant été rendue possible qu’en 2008. 
  • Orange est celui avec la croissance la plus faible en 2G et 3G, mais ayant le nombre de sites le plus élevé quelle que soit la technologie. Cela peut en partie expliquer les résultats des tests de comparaisons de l’Arcep classant cet opérateur comme étant le 1er depuis 8 années consécutives.

Extrapolation ...

En s’intéressant au nombre de supports toutes technologies confondues, il a été possible au Cerema d’extrapoler le nombre de sites déclarés en service pour les opérateurs au moyen d’une régression polynomiale.

Cette extrapolation doit être appréciée pour Bouygues Telecom et SFR relativement au fait que l’essentiel de leurs déploiements a été mutualisé dans le cadre du projet « Crozon » qui devrait ralentir progressivement à compter de janvier 2019, ces opérateurs ayant en effet annoncé que l’essentiel du déploiement s’effectuerait sur les années 2016 à 2018.

 

En revanche, cette extrapolation laisse apparaître que le rythme actuel de déploiement des opérateurs permettrait l’atteinte de 25 000 supports en service au début de l’année 2020 pour chacun des trois opérateurs historiques et au moins 27 500 supports à l’horizon fin 2022-début 2023 pour chacun des quatre opérateurs, soit au moins 5 000 supports en service de plus qu’au 1er janvier 2019.

La poursuite de la croissance du parc de sites en service des opérateurs mobiles pourrait être stimulée par la mise en œuvre des obligations issues du NewDeal mobile au travers de ses différents leviers :

  • le dispositif de couverture ciblée, soit 5000 sites par opérateur, qui devraient commencer à se concrétiser à compter de l’été 2019.
  • l’engagement des opérateurs de moderniser en 4G tous les sites mobiles existants, dont 80 % de ceux-ci avant 2020. Cela représente, environ 2 500 sites pour Free Mobile et Bouygues Telecom, 4 200 sites pour SFR et 5 500 sites pour Orange.
  • les objectifs de couverture des axes de transport prioritaires.

 

In fine, il n’est pas déraisonnable d’imaginer qu’à l’horizon 2023, plusieurs opérateurs disposent d’un parc de l’ordre de 30000 sites autorisés en service, ce qui est considérable au vu de la situation observée en 2012.

 

Commentaires complémentaires par technologie

Les graphes par technologie permettent de formuler quelques commentaires complémentaires :

L’effet de la mutualisation « Crozon » entre Bouygues Telecom et SFR sur la période 2016-fin 2018 est nettement matérialisé par une rupture de pente des courbes de ces opérateurs pour la 2G et 3G. Il semble que l’on observe désormais une convergence du nombre de sites 2G et 3G entre les trois acteurs historiques du mobile.

  • 3G

Le graphe 3G permet de constater l’importance du déploiement entre 2012 et 2019 pour tous les opérateurs et particulièrement pour Free Mobile qui déploie avec un rythme soutenu depuis qu’il a commencé : la pente de la courbe est la plus forte, correspondant en moyenne à 3 000 sites par an depuis 2016. Il semble nécessaire pour Free de déployer très activement notamment pour anticiper la fin de l’itinérance dont il bénéficie sur le réseau d’Orange qui réglementairement doit s’opérer au plus tard fin 2022. Enfin, sur la période 2012-2019, Orange a déployé et activé la 3G sur plus de 8 500 sites en sus des 14 000 existants.

  • 4G

Le rythme de déploiement est soutenu pour tous les opérateurs. Bouygues a en 2013/2014 fait la course en tête en raison de l’autorisation qu’il a eue de réutiliser en 4G les fréquences de la bande 1800MHz qu’il avait déployée pour la 2G avant qu’Orange et Free intensifient leurs déploiements en 2014-2015 puis que la mutualisation Crozon produise ses effets pour SFR et Bouygues Telecom ; ceci conduisant Orange a ré-accélérer depuis la mi-2017. Le rythme de Free est relativement constant depuis 2016 d’environ 2 000 sites par an alors que celui de ses concurrents s’est accéléré sur cette même période.

 

Les perspectives de rythme évoquées supra et la probable utilisation de cellules de tailles plus petites avec la 5G pourraient modifier les conditions de cette analyse. Le Cerema poursuivra donc cette analyse pour suivre les effets du NewDeal ainsi que les obligations des opérateurs au titre des bandes de fréquence 800 et 700MHz qui comportent des échéances dans les prochaines années.