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18 millions de lignes, 7 millions de prises à fin 2019

Du haut débit au très haut débit : deux situations très différentes

L’indéniable succès de l’ADSL a tenu en partie au fait que, partout en France, tous les clients potentiels avaient déjà chez eux, au domicile ou dans l’entreprise, une prise téléphonique. Ce n’était pas le cas du câble qui n’existe qu’en ville. Quand un client avait choisi son FAI, ce dernier, en parallèle de la connexion au central téléphonique, lui envoyait sa box par la Poste et le laissait réaliser son branchement : un véritable "plug and play". C’est encore le cas aujourd’hui pour les nouveaux abonnés DSL.

En revanche, le FttH se heurte depuis l’origine de son déploiement (plus de 10 ans déjà !) à la problématique du raccordement final. Cette opération transforme une "ligne de communications électroniques à très haut débit en fibre optique", telle que définie dans la Loi de modernisation de l’économie de 2008, en prise chez l’abonné. Cette transformation nécessite une intervention chez chaque abonné, sauf dans de très rares cas. En effet, les appartements et les locaux professionnels, dans les immeubles collectifs neufs depuis 2012 et individuels depuis 2015, sont équipés, dès leur construction, d'une prise optique raccordé à un câble qui se prolonge jusqu'en limite de propriété.

Quand on parle de déploiement, il s’agit de lignes, quand on parle de prises, il s’agit de raccordement, et donc d'abonnés représentés dans le graphe ci-après.

 

La différence est de taille : elle se traduit par le taux de pénétration, qui progresse lentement, comme le montre le graphe ci-après, lequel met en forme les chiffres communiqués chaque trimestre par l’Arcep depuis plus de 10 ans.

Un taux de pénétration problématique ?

Ce taux de pénétration d’environ 38% peut être vu comme problématique en ce qu'il met en évidence l'importance du stock de lignes qui n'ont pas encore trouvé preneur. Mais il s’explique par le fait qu’arrive sur le marché, en flux continu, de nouvelles lignes qu’il s’agit de commercialiser. Ce taux est donc le résultat global de la commercialisation de lignes qui sont sur le marché depuis 3 mois, d’autres 3 ans, voire plus longtemps.

Pour une plaque FttH ouverte à la commercialisation, la plupart des opérateurs d’infrastructure tablent sur un taux de pénétration situé entre 75% et 80% en 10 ans. Dans le contexte actuel de fort déploiement de nouvelles plaques FttH, faire un bilan global pour la France apparaît prématuré et peu significatif.

Les raisons d’une confusion

Qu’ils soient opérateurs privés ou collectivités porteuses de projet THD, ceux qui communiquent sur leurs déploiements ont tendance à utiliser le mot "prise" à la place de "ligne", de sorte que dans l’esprit de l’auditeur ou du lecteur, 100 000 prises, ce sont 100 000 foyers qui utilisent le très haut débit sur fibre optique. Ce terme donne une vision bien plus favorable de l’action de déploiement du FttH (presque trois fois plus avec le taux de pénétration actuellement observé).

En résumé, ce n’est pas parce que le déploiement est réalisé par la pose d’un boitier souvent situé dans le domaine public (PBO) et permet de "couvrir" ou de "rendre éligible" des logements, que ceux-ci sont effectivement raccordés.

Les enjeux financiers du raccordement final

Pour transformer une ligne en une prise, il faut résoudre des difficultés souvent concrètes liées au passage du câble depuis la rue ou la route ou à la pénétration de la ligne dans le bâtiment. Ces travaux représentent un coût supplémentaire de 20 à 30% par rapport au seul déploiement de la ligne, selon le type de raccordement final (en immeuble collectif ou en habitat individuel, en souterrain ou en aérien, de quelques dizaines de mètres à quelques centaines). On évoque pour ce faire des investissements qui se comptent en centaines de millions d’euros à l’échelle d’un département.

La Cour des Comptes estime même dans un rapport de début 2017 que cette partie du réseau nécessitera quelques milliards d’euros supplémentaires. En effet, dans certains territoires très peu denses, des raccordements finals coûtant plusieurs milliers d’euros sont évoqués. Pour ceux-ci, un chiffrage sur devis pourra ponctuellement être réalisé. Face à ces difficultés, les cahiers des charges de l’Appel à projets France très haut débit antérieurs à celui de 2019 incluaient une aide financière substantielle pour le raccordement final des abonnés.

En outre, des lignes qui ne se transforment pas en prises, ce sont des stocks immobilisés qui pèsent lourd sur la rentabilité des investissements consentis, tant par les opérateurs privés que par les collectivités.

Un dernier point : depuis la publication de la recommandation de l’Arcep en décembre 2015 relative aux locaux "raccordables à la demande", les opérateurs peuvent avoir rempli leurs obligations de complétude en déployant le réseau sans avoir posé tous les PBO. Pour la zone de déploiement privé, les négociations menées en 2018 par le gouvernement avec les opérateurs ont confirmé l’obligation que la totalité des espaces de cette zone devront être couverts et fixé la proportion des locaux raccordables à la demande à 8% du total des locaux de la zone moins dense privée, en moyenne sur la France entière.

Pour faire face à la demande future, il faudra donc s’assurer que les opérateurs d’infrastructure, privés et publics, aient pris des garanties suffisantes pour être en capacité technique et financière d’assurer le raccordement effectif de ces lignes non encore construites dans le délai réglementaire de six mois après une demande formulée par un usager.