xDSL : le début de la fin ?

publié le 22 mars 2016 (modifié le 4 mai 2016)

Au Japon il y a 10 ans, le nombre d’abonnés xDSL a commencé à décroitre inexorablement en raison de leur migration vers le FttH. Un tel phénomène s’est-il produit l’an dernier en France ?

   xDSL : le début de la fin ?

  • Au vu du graphique ci-dessous, la question peut se poser.

Abonnés DSL et FttH … au 4e trim. 2015 en grand format (nouvelle fenêtre)
Sous l’acronyme xDSL, il est d’usage de grouper les trois variantes actuellement commercialisées du DSL : ADSL et ADSL2+, VDSL2 et SDSL, solution pour les entreprises, utilisée notamment pour la mise en réseau d’établissements.

  • L’observatoire de l’ARCEP, dont le tableau ci-après est extrait, suit l’évolution du marché de détail de l’accès à l’internet. ** résultats provisoires - source : ARCEP

Tableau ARCEP : 31 décembre 2015 en grand format (nouvelle fenêtre)

Dans ce tableau, on remarque que les chiffres "dont abonnements xDSL"du 3e trimestre 2015 présentent un léger rebond (+15 000 abonnés) alors que les chiffres des trois trimestres précédents sont à la baisse ainsi que ceux du 4e trimestre.

La précision sous le tableau laisse supposer que les abonnés VDSL2 qui bénéficient d’un débit supérieur à 30Mbit/s sont retirés de la ligne "Nombre d’abonnements haut débit" "dont abonnements xDSL", ligne utilisée pour produire le graphique présenté au début de cet article. Les autres abonnements répondant à ce critère sont les abonnés au câble de première génération DOCSIS2.
Sur la période T3-2014 – T2-2105 (qui suit le passage par un maximum de la courbe xDSL haut débit du graphique), on comptabilise :

  • Moins 540 000 abonnés haut débit xDSL
  • Plus 627 000 abonnés VDSL2 et DOCSIS2
  • Plus 339 000 FttH
  • Plus 160 000 FttLA (DOCSIS3)

La catégorie xDSL haut débit a donc perdu moins d’abonnés que la catégorie « débit compris entre 30bit/s et 100Mbit/s » n’en a gagné. Le nombre de nouveaux abonnés 30Mbit/s du réseau câblé n’étant pas connu, il n’est pas possible de savoir dans quelles proportions la baisse de 540 000 abonnés XDSL est due :

  • à leur basculement vers la fibre ou le câble 100Mbit/s ;
  • à l’accession de leur ligne ADSL2+ à la technologie VDSL2.

En conclusion, il est donc trop tôt pour affirmer que le nombre d’usagers xDSL a commencé à décroître.

La France n’a donc pas encore vécu l’an dernier le même phénomène important que le Japon a déjà connu chez lui il y a déjà 9 ans, comme le montre le graphique qui suit. Le maximum du DSL dans ce pays s’est établi à un peu plus de 14 millions d’abonnés seulement, en raison d’une forte présence du câble qui compte à peu près le même nombre d’abonnés à l’internet haut débit.

au Japon de 2000 à 2010 en grand format (nouvelle fenêtre)

On peut également noter qu’au Japon, c’est en 2008 que le nombre d’abonnés FttH a dépassé celui des abonnés ADSL.

Pour la France, compte tenu du fait qu’on ne compte actuellement qu’un peu plus d’un million d’abonnés FttH, il serait imprudent d’extrapoler les deux courbes pour estimer à quelle date elles se croiseront. On peut toutefois affirmer, sans trop de risque, que ce ne sera pas avant au moins 5 ans.

   Quelle évolution du réseau cuivre en général ?

Photographie nationale

Un autre phénomène important vient corroborer l’hypothèse d’un début d’abandon du cuivre par les usagers, vers le FttH, le câble 100Mbit/s ou vers les réseaux mobiles 3G et 4G.
En travaillant sur les fichiers PODI (paires occupées en distribution) publiés chaque trimestre par Orange, le groupe ANT a constaté que durant la période de deux ans, finissant au T3 2015, 1 100 000 lignes de cuivre ont été libérées dans les NRA d’origine, à l’exclusion des nouveaux NRA créés pendant la même période.
Ce nombre est à rapprocher des 800 000 abonnés FttH qui ont été conquis par les FAI.

Le graphe ci-après présentant la décroissance du nombre de lignes pour la France métropolitaine montre qu’il existe un indéniable phénomène de décroissance. Les nouveaux NRA (HD, ZO, MeD PRM, G-Mux) n’ont pas été pris en compte car il semble qu’ils soient en double compte de lignes par rapport à leur NRA de rattachement.

Source : fichier PODI d’Orange

Décroissance nationale en grand format (nouvelle fenêtre)

Cette observation est confirmée par l’ARCEP dans sa décision n° 2016-0206 portant sur l’encadrement tarifaire de l’accès à la boucle locale filaire en cuivre pour les années 2016 et 2017 :

Ces éléments amènent l’Autorité à retenir une baisse moyenne du nombre de paires de cuivre de l’ordre de 1 million entre 2015 et 2016 et de 1¼ million entre 2016 et 2017.

Un zoom par département et par EPCI

Ce mouvement est très variable d’un département à l’autre mais la dynamique est enclenchée comme le montre les deux graphes ci-après, qui présentent les dix départements qui ont perdu, ses deux dernières années, le plus grand nombre de lignes cuivre.

Nb de lignes cuivre (PODI) libérées en grand format (nouvelle fenêtre) En valeur absolue

Nb de lignes cuivre (PODI) libérées (en %) en grand format (nouvelle fenêtre) En valeur relative

Le phénomène observé en Seine-Saint-Denis interroge, car il est encore plus prononcé qu’à Paris, ville qui a bénéficié la première des déploiements FttH, ou dans les Hauts-de-Seine, premier département à lancer un DSP FttH : outre la migration vers le FttH, une désaffection des usagers pour les services sur ligne fixe en faveur des services mobiles serait une explication possible.

Au plan national, la carte ci-après montre, à l’échelle des EPCI, ceux qui ont perdu en deux ans plus de 1500 lignes de cuivre, en deux nuances de couleur violette et rose. En rose, sont représentés les EPCI répondant à ce critère et dont une commune au moins à 10 % de lignes éligibles au Très haut débit, FttH ou câble. Pour ces EPCI, la corrélation entre perte de ligne cuivre et déploiement du FttH est manifeste.

Parmi les EPCI en violet, plusieurs sont situés dans des zones où la population a décru.

Quand la présence du câble est ancienne, comme dans le Rhône et l’Est de la France, il n’y a pas eu ces dernières années de perte significative de lignes de cuivre ce qui laisse apparaître les zones en vert clair, qui figurent les communes qui ont plus de 10 % de locaux éligibles au 100Mbit/s.

EPCI ayant perdu le plus de lignes cuivres sur les deux dernières années

EPCI ayant perdu le plus de lignes … en grand format (nouvelle fenêtre) Légende / EPCI en grand format (nouvelle fenêtre)

   Et demain ?

Quant à la disparition de l’ADSL, cette technologie qui a fait découvrir aux internautes les joies du surf en illimité et en haut débit, gageons qu’elle ne se produira pas avant une quinzaine d’années au moins. On peut craindre que cette persistance de l’ADSL pose des problèmes de maintenance, du type de ceux auxquels est aujourd’hui confronté Orange avec ses centraux téléphoniques commutés que leurs constructeurs sont de plus en plus réticents à maintenir en état. (voir l’article dans le compte rendu des travaux 2015 du GRACO, en page 67)

Pour télécharger le compte-rendu des travaux du GRACO sur le site de l’ARCEP (www.arcep.fr).