Retour sur l’université d’été du THD à Laval - 19 et 20 septembre 2018

publié le 25 septembre 2018 (modifié le 26 septembre 2018)

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Proposées par InfraNum (ex FIRIP), l’association d’entrepreneurs impliqués dans les déploiements d’infrastructures de réseaux, cette université du THD s’est déroulée sur un jour et demi au Laval Virtual Center les 19 et 20 septembre derniers. Elle a été l’occasion pour les nombreux participants (plus de 600 inscrits) de multiples et enrichissants échanges.

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Contexte

En toile de fond, nous avons les objectifs du gouvernement, maintes fois rappelés pendant cette université, tant par les politiques que par les opérateurs et les entreprises :

  • 2020 : le bon débit pour tous (au moins 8Mbit/s descendants),
  • 2022 : le très haut débit pour tous (au moins 30Mbit/s descendants).

Plusieurs départements sont venus présenter leurs projets FttH qui, commencés il y a plusieurs années avec une ambition limitée, ont trouvé ces derniers mois des opérateurs pour s’engager contractuellement pour des couvertures des zones d’initiative publique à 100% en FttH.

Malgré les sommes considérables à mobiliser pour chaque projet, plusieurs centaines de millions d’euros pour la plupart, l’argent ne semble plus être un obstacle : des financiers ont pris conscience que cette infrastructure essentielle pour notre pays serait rentable à long terme. Il est vrai que, lorsque le réseau cuivre aura été déposé, d’ici 10 à 15 ans, ne subsistera que le réseau fibre pour proposer les services à très haut débit, dont l’essentiel n’existe même pas aujourd’hui.

La mise en chantier d’un bon nombre de projets de déploiement a mis en lumière un certain nombre de difficultés opérationnelles, dont certaines ont justifié l’insertion d’articles spécifiques dans la loi ELAN, (N pour numérique). Celle-ci était discutée en commission mixte paritaire en vue de son adoption définitive ce mercredi 19 septembre. Le sénateur Patrick Chaize a d’ailleurs proposé, jeudi matin, un compte rendu rapide des articles validés, ou écartés, du texte de loi.

100% FttH en 2022 : le nouveau standard ?

Au cours de ces deux journées, délégants et délégataires sont venus expliquer comment, après d’âpres négociations, des contrats visant 100% de couverture en FttH pour 2021/2022 ont été signés : Mayenne, Maine-et-Loire, Gard, Haute-Garonne, Essonne, et 2024 pour la Gironde, certains laissant même de côté la possibilité, ouverte par l’Arcep, de laisser quelques locaux "raccordables à la demande".

Un secteur en tension

Cette notion, apparue il y a quelques mois, faisait l’objet d’un atelier co-animé par un fabriquant de câbles de fibres optiques, un installateur, un opérateur et une collectivité délégante.

Les opérateurs n’ayant plus d’équipes pour déployer eux-mêmes recourent à des sous-traitants dont le nombre n’est pas extensible à l’infini, ni les effectifs. Conséquence : il y a de la tension sur les recrutements. Infranum comptabilise à ce jour 12 000 salariés dans la filière quand il en faudrait 28 000 selon elle, pour tenir les objectifs et respecter les contrats signés, dans les 5 prochaines années.

Revenue comme un leitmotiv la plainte que, dans une France où tant de concitoyens cherchent un emploi, si peu sont tentés par la filière. Certains acteurs mettent en avant un manque de connaissance du secteur par la jeunesse. Pourtant, elle devrait voir dans ces chantiers, l’opportunité d’acquérir un métier et de trouver immédiatement un travail, la formation, rapide car réduite à quelques mois, étant assurée.

Le BUS THD du CREDO, véritable outil de promotion de la filière auprès du public, était présent les deux jours sur le parvis du Laval Virtual Center où il a accueilli de très nombreux visiteurs.

Les câbliers sont plus énigmatiques : après avoir allongé très sensiblement leurs délais de livraison, en passant de plusieurs semaines à plusieurs mois, ils sont venus expliquer qu’ils pouvaient de nouveau livrer des tourets en quelques semaines, à condition bien sûr que le client se soit engagé sur plusieurs années à acheter des quantités prévisionnelles de câbles.

Commercialisation

La commercialisation est le nerf de la guerre. Le taux de pénétration aujourd’hui est en moyenne d’un peu plus de 30%, mais cette moyenne n’a guère de sens tant elle intègre des situations différentes : ancienneté de l’ouverture à la commercialisation, qualité de l’ADSL en concurrence, présence d’un ou plusieurs FAI sur la plaque, pour ne citer que les principales.

Base adresse

Le Vice-Président Infrastructures numériques de la commission Transports, mobilité, infrastructures du Conseil régional des Pays-de-la-Loire s’est étonné à la tribune qu’Orange ait une base de données de tous les abonnés au téléphone, qu’Enedis en ait une pour tous les usagers de l’électricité mais qu’il soit impossible de commercialiser des lignes FttH dans des petites communes ou des quartiers faute de disposer d’une base de données avec les adresses de tous les locaux raccordables.

Diverses considérations peuvent expliquer cette situation :

  • Interdiction faite à Orange d’utiliser sa base téléphonique pour vendre des abonnements fibres, ce qui constituerait une distorsion de concurrence par rapport aux autres FAI n’en disposant pas ;
  • Les intérêts divergents des acteurs impliqués dans la constitution d’une base adresse nationale que tous les acteurs appellent de leurs vœux.

Appétence

En écho à son président, le représentant d’Orange s’est élevé contre les prix cassés (moins de 5 euros à vie) pratiqués par certains de ses concurrents, quand ces fournisseurs d’accès à l’internet lui louent 9,30 euros par mois la paire de cuivre de leur abonné. Dans ces conditions, il est difficile de faire basculer les clients vers la fibre.

Ailleurs, c’est la mauvaise qualité de l’ADSL qui est le meilleur ambassadeur de la fibre : on dépasse facilement les 30% de taux de pénétration pour atteindre des 70% quand un village est desservi par un ADSL à moins de 2 Mbit/s. A l’inverse, si le débit dépasse 10Mbit/s, le taux de pénétration descend à 7 ou 8%.

Promotion par les élus locaux

Rien de tel qu’une réunion d’information publique pour lancer la commercialisation d’une plaque FttH, au cours de laquelle le maire vient présenter le projet de RIP qui vient d’aboutir à une ouverture commerciale prochaine. Certaines de ces réunions font salle comble.

Et les usages dans tout ça ?

Certains ont affiché une préoccupation nouvelle : considérant que la question du THD pour tous est réglée (n’avons-nous pas signé un contrat 100% FttH pour 2022), quels vont être les usages que les citoyens et les entreprises vont en faire ? Comment promouvoir les usages innovants, utiles, créateurs de richesses dans les territoires ?

Si le THD permet de développer l’attractivité d’un territoire, il n’en reste pas moins que peu d’applications émergent. Force est de constater que ce sont toujours les mêmes usages qui sont cités et présentés dans des démonstrations : réalité augmentée, smartgrids, télévision ultra haute définition, ville connectée.

L’ouverture des données en open Data par les collectivités reste marginale, de plus le THD n’est pas un prérequis.

A part l’image animée, rien ne remplit les tuyaux jusqu’à l’abonné : le 100 Mbit/s symétrique, c’est une performance qu’aucune application grand public ne mobilise à ce jour.

On attend toujours la "killer application" qui va faire se précipiter les clients dans les boutiques pour s’abonner à la fibre.

Mais de l’avis unanime, les usages émergeront des pratiques et de l’inventivité des citoyens et des entreprises à l’écoute desquels les élus et cadres territoriaux doivent être en permanence.